Dix siècles d'histoireL'importance de la "seule route à déboucher droit sur l'axe rhodanien et à se brancher directement sur la gouttière valaisane au pied du Grand Saint-Bernard" a naturellement conduit les hommes à fortifier le passage privilégié qu'elle emprunte au pied du château de Joux. Ici plus qu'ailleurs la géographie a commandé l'histoire. Cette histoire de Joux commence avec la trace la plus ancienne attestant l'existence du château en 1034, lorsque les troupes de Conrad II, empereur germanique et roi de Bourgogne l'assiégèrent sans succès et qu'il tomba finalement par surprise aux mains des Lombards du marquis Boniface. Il était alors connu sous le nom latinisé de Miroaltum que l'on retrouve dans les chartes médiévales ultérieures sous la forme de Miroaz, Mireval, Miroual, Mirouhaut, etc. Quant au nom définitif de Joux, il désignait primitivement des forêts de sapins puis, par un abus de langage, les montagnes jurassiennes elles-mêmes qui en étaient emplantées. Jura est la traduction latine de Joux. |
Les seigneurs de jouxXème siècle-1326 - La maison féodale de Joux Les premiers sires de Joux connus (Aldric, Nerduin et Warin) vécurent avant l'an 1000. Amauri 1er les appelle ses "prédécesseurs" dans un traité signé vers 1060 avec le monastère Saint-Pierre de Romainmôtier. Avant 1038, ce même seigneur offrit à l'abbaye de Baume-les-Messieurs l'église Saint-Etienne de Pontarlier, suivant en cela la politique induite par la réforme grégorienne. Vers 1130 (et peut-être dès 1109), une communauté de religieux implantée à Montbenoît fut richement dotée par les sires de Joux qui contribuèrent ainsi à transformer cette modeste cellule monastique en l'une des plus belles et des plus riches abbayes du Haut-Doubs. En contrepartie, ces seigneurs en devinrent les gardiens attitrés et bénéficièrent du droit de s'y faire inhumer. Amauri III de Joux se croisa vers 1170 et accompagna en Terre Sainte Etienne 1er, chef de la branche cadette de Bourgogne, et plusieurs seigneurs francs-comtois de haut lignage (voir plus loin la légende de Berthe de Joux). Son fils Henri 1er, cité de 1196 à 1243, démembra la seigneurie entre ses deux fils : Amauri IV, l'aîné chevalier, obtint Joux, tandis que le cadet, Hugues, devint sire d'Usier. Amaury IV fit de même réservant ce qui restait de Joux à son fils aîné Henri II, alors que Jean, le puîné, se vit offrir les seigneuries de Lièvremont, Vuillecin et Houtaud. La maison de Joux s'éteignit en 1326 à la mort du jeune Henri qui avait disposé de tous ses biens au profit de sa soeur Jacquette. Les armoiries de la famille de Joux étaient : d'or fretté de sable. |
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1326-1366 - La maison féodale de Blonay De son mariage avec Jean de Blonay, Jacquette de Joux eut un fils Hugues de Blonay, chevalier, seigneur de Joux, qui testa à Vevey le 30 janvier 1348 en choisissant sa sépulture à Montbenoît "sous la tombe de dame Jacquette, sa mère". Mort très jeune, il n'eut, de Marguerite de Grandson, qu'une fille prénommée Jeanne. Les armoiries de la famille de Blonay étaient : de sable semé de croisettes d'argent au lion d'or brochant sur le tout. |
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1366-1454 - La maison féodale de Vienne Jeanne de Blonay épousa Vauthier de Vienne qui mourut sans héritier en 1390. Sa veuve vendit la seigneurie en 1410 à Guillaume de Vienne, seigneur de Saint-Georges et de Sainte-Croix. Le fils de ce dernier, Guillaume II, ruiné, dut vendre ses seigneuries les unes après les autres. L'acquisition de Joux par Philippe le Bon, duc et comte de Bourgogne, en 1454, marqua la fin des sires de Joux proprement dits. Les armoiries de la famille de Vienne était : de gueules à l'aigle d'or. |
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1454-1480 - Joux rattaché au domaine comtal Philippe le Bon demeura sire de Joux jusqu'à sa mort (15 juin 1467). Son fils Charles le Téméraire lui succéda. Après la fin tragique du grand duc d'Occident devant Nancy (5 janvier 1477), sa fille, Marie, comtesse de Bourgogne, devint la nouvelle dame de Joux. Quelques mois plus tard (18 août 1477), celle-ci épousait Maximilien d'Autriche, fils de l'empereur Frédéric III. Charles d'Amboise prit le château au nom de Louis XI le 27 avril 1480, sans combat, "grâce" à la trahison de Louis Allemand, capitaine-châtelain de la place, qui avait reçu du roi de France une somme de 13.000 livres. |
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1480-1507 - La maison de Hochberg Louis XI donna ou plutôt rendit le château et la seigneurie à Philippe de Hochberg, comte de Neuchâtel, fils de Rodolphe de Hochberg et de Marguerite de Vienne. Fin diplomate, l'empereur Maximilien s'empressa de reconnaître le nouveau seigneur de Joux pour maintenir l'équilibre des forces et éviter que Philippe ne basculât définitivement dans le camp de la France. Louis XI riposta en offrant sa propre nièce, Marie de Savoie, à Philippe de Hochberg alors âgé de 27 ans. Le mariage fut célébré en 1480. Le 6 octobre 1504, Jeanne, fille de Philippe de Hochberg, épousa Louis d'Orléans. Mais à la mort de l'archiduc Philippe le Beau, l'empereur Maximilien craignit une invasion française de la Franche-Comté par les troupes de Louis XII. La garnisson franco-neuchâteloise de Joux devait être remplacée pour la sécurité de l'empire, aussi ordonna-t-il une expédition militaire dont Denis de Montrichard prit la tête. Celui-ci obtint la remise de Joux, sans grande résistance, en septembre 1507. |
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1507-1678 - Joux à nouveau réuni au domaine comtal Dès lors, le château et la seigneurie ne cessèrent de relever du domaine comtal et donc de la couronne d'Espagne, passant de Marguerite d'Autriche (fille de Maximilien) à son neveu Charles-Quint (de 1530 à 1556) et aux descendants de cet empereur : Philippe II d'Espagne, l'infante Isabelle, archiduchesse d'Autriche et Philippe IV, maître de Joux dès 1633. Les troupes "suédoises" de Bernard de Saxe-Weimar l'en dépouillèrent en 1639 lors de la terrible guerre de Dix Ans qui coûta la vie à 60 % de la population franc-comtoise. Jean-Christophe de Grün, officier de l'armée ennemie, occupa le château jusqu'en 1648. Mazarin en offrit ensuite le gouvernement à Henri II d'Orléans, duc de Longeville, comte de Neuchâtel, descendant des Hochberg, mais la paix des Pyrénées (1659) rendit le château à Philippe IV, roi d'Espagne. |
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1678-1789 - L'intégration au royaume de France Invoquant le droit de dévolution et le non-paiement de la dot de la reine Marie-Thérèse d'Autriche (soeur de Charles II, roi d'Espagne et maître de la Franche-Comté), Louis XIV ordonna aux 20.000 hommes de Condé d'envahir la province en 1668. La conquête fut achevée en trois semaines. Le château de Joux se rendit sans combat. Le traité d'Aix-la-Chapelle (1668) ayant restitué la Franche-Comté à l'Espagne, il fallut une seconde conquête (1674) et la paix de Nimègue (1678) pour voir le Château définitivement associé au sort de la France. Lieu de garnison pour les unités les plus prestigieuses de l'Ancien Régime (régiments du roi, du dauphin, de la reine, de Normandie, de Picardie, de Champagne, de Navarre, du Poitou, du Piémont, le royal étranger, le royal marine, etc...). Joux abritait en permanence quelque 5 à 600 personnes à la fin du règne de Louis XIV. Des compagnies détachées de l'Hôtel des Invalides les remplacèrent à partir de 1715. Elles avaient surtout pour rôle de surveiller les frontières. En 1754, elles repoussèrent les troupes de contrebandiers menées par le fameux Mandrin (roué vif à Valence l'année suivante). Elles fournissaient aussi les gardiens de prisonniers illustres comme Mirabeau, arrivé à Joux le 25 mai 1775, et qui décrit la place comme "un véritable nid de hiboux égayé par quelques invalides", perdu "au milieu des neiges et des ours du Mont-Jura". Le château était devenu prison d'état au même titre que la Bastille et le château d'If. |
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Histoire de joux de 1789 à nos joursPrêtres et laïcs, victimes de la Révolution, connurent à leur tour les geôles du château à partir de 1793. Puis Bonaparte y envoya pêle-mêle prisonniers de guerre et opposants politiques. 1814 - Siège et prise du château par les Autrichiens Le 15 janvier 1814, après 21 jours de siège, le château tomba aux mains des Autrichiens. Les hommes du colonel-comte von Klebersberg saccagèrent le mobilier, défoncèrent les portes et les fenêtres, arrachèrent toutes les ferrures, précipitèrent les canons du haut des remparts et brûlèrent les archives. Pendant les Cent-Jours, le fort fut à nouveau armé et approvisionné en vivres et en munitions. Après Waterloo, 24.000 Suisses commandés par le comte d'Affry investirent Joux le 7 juillet 1815. Leurs excès firent regretter les Autrichiens de 1814 ! Au congrès de Vienne, les plénipotentiaires suisses tentèrent d'obtenir la cession du château pour garantir la défense de leur pays et sa neutralité du côté de la France, mais l'habileté de notre ambassadeur, le comte Auguste de Talleyrand, fit avorter cette exigence (lire comment le château de Joux faillit échapper à la France). 1871 - La retraite de l'Armée de l'Est Le fort semblait ne plus avoir de rôle militaire à jouer. Et pourtant, après plus d'un demi-siècle de relative inactivité, Joux allait démontrer à nouveau son utilité : le commandant Ploton et ses 69 pontonniers arrivés en janvier 1871 protégèrent la retraite en Suisse de l'armée de l'Est, infligeant de lourdes pertes aux Prussiens (plus de 1.800 hommes hors de combat). 1940 - Emporté dans la tourmante En 1940, le fort se distingua à nouveau par une résistance de 8 jours face à l'armée allemande, en n'acceptant de capituler que le 24 juin, soit deux jours après la signature officielle de l'armistice avec l'Allemagne. La renaissance du château de jouxEn 1954, le président du Syndicat d'Intitiative de Pontarlier (l'actuel Office du Tourisme), Maurice Cordier, obtenait de l'Autorité Militaire, la signature d'une première convention autorisant la visite du monument historique sous la conduite de guides. Les travaux réalisés durant une vingtaine d'années allaient permettre le sauvetage de cette forteresse comtoise dans l'attente de son rachat par la Ville de Pontarlier et la commune de la Cluse-et-Mijoux. Ces deux collectivités constituèrent un syndicat intercommunal afin d'assurer l'entretien et la restauration du site. La gestion touristique de ce haut lieu franc-comtois (qui accueille plus de 70.000 visiteurs par an) est assurée par la Communauté de Communes du Larmont. Artistes, musiciens et comédiens du Festival des "Nuits de Joux" redonnent, chaque année, une âme au château pour le plus grand bonheur des estivants. De sa vocation militaire et carcérale primitive, le château de Joux a acquis une dimension nouvelle et universelle : l'expression de l'art sous toutes ses formes, de la rêverie et de la liberté. L'avenir du château de JouxDepuis le 1er janvier 2000, c'est la CCL (Communauté de Communes du Larmont, comprenant 10 communes), via sa commission tourisme présidee par le maire de Pontarlier, qui a en charge la destiné de ce château. La CCL, l'Etat, le Conseil Régional du Doubs et la Région de Franche-Comté on décidé la mise en chantier d'un important programme de restauration du monument : 100 millions de francs sur 7 ans, dont 80 MF pour la conservation et 20 MF pour le développement de ses aménagements et son animation. Une première tranche de 10 MF devrait être engagée dès 2000 (concernant notamment l'accueil). Mais nous quittons là l'Histoire pour entrer de plein pied dans l'actualité. |
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