"Comment le château de Joux faillit nous échapper"

Ce texte est extrait de la brochure :
"Le Château de Joux de ses origines à nos jours" rédigée par Louis MARTIN (édition de 1964).

A partir de la mi-octobre 1812 nos armées ne firent plus que reculer. Le 27 décembre 1813, les Autrichiens investissaient le château de Joux. Son siège dura 21 jours, au termes desquels, soit à la mi-janvier 1814, il capitula. L'ennemi l'occupa jusqu'au 4 mai.

A cette dernière date, Napoléon vaincu avait déjà abdiqué et un premier congrès s'était ouvert à Paris, qui acheva ses travaux par un premier traité, dit de Paris, le 30 mai. Ce traité ramenait la France à peu près à ses limites d'avant 1792. Un congrès devait se tenir à Vienne, lequel aurait à procéder à la réorganisation totale de l'Europe. Cependant que se tenait le congrès de Paris, la Diète fédérale de Berne avait fait établir par le chef de son état-major, le colonel Finsler, un mémoire sur les meilleures frontières de la Suisse. En ce qui concerne la zone jurassienne, Finsler recommandait l'annexion du château de Joux. Mais son mémoire tomba dans l'oubli. Le 12 septembre, le comté de Neuchâtel était admis comme canton dans la Confédération Helvétique tout en restant sous la suzeraineté du roi de Prusse. Avant même son admission, les Neuchâtelois, avec d'autres Suisses, avaient caressé l'ambition de voir porter la frontière du Doubs jusqu'à sa source. Qu'ils eussent été entendus (ils crurent un instant à Vienne l'avoir été) et le château, nous échappait.

Lorsque le congrès de Vienne se sépara, Napoléon était revenu au pouvoir, mais pas pour longtemps. Il succomba à Waterloo le 18 juin 1815 et abdiqua pour la seconde fois le 22. Un second traité de Paris s'ensuivit, signé le 20 novembre. Le 20 septembre, les plénipotentiaires suisses avaient encore proposé que la frontière de leur pays "suive le Doubs jusqu'au fort de Joux, en sorte que la ville de Pontarlier, située sur la rive droite du Doubs (2) appartiendra avec un rayon (3) à la France et le fort de Joux, situé sur la gauche (2) à la Confédération Helvétique". Si, finalement, le château de Joux ne nous fut pas enlevé, ainsi que quelques autres forteresses, c'est au duc de Richelieu, grand ami du tsar Alexandre, que nous le devons.

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(2) En vérité, la plus grande partie de la ville de Pontarlier est située sur la rive gauche du Doubs et le Fort de Joux sur la rive droite.

(3) Ce "rayon" aurait sans doute englobé pour le moins la partie de Pontarlier située sur la rive droite du Doubs, c'est-à-dire le faubourg Saint-Etienne.